ABDICATION DE L’EMPEREUR DU JAPON

Abdiction de l'empereur du Japon

Mardi 20 février 2018, le Secrétaire Général du Cabinet (le ministre porte-parole du gouvernement japonais), M.Yoshihide Suga, a annoncé le calendrier des cérémonies entourant l’abdication de l’Empereur du Japon, Akihito. La question de savoir si l’Empereur pouvait démissionner, et quand, s’est posée lorsqu’en 2016, Tennō Heika, « Sa Majesté Impériale » comme on l’appelle au Japon, en a exprimé le souhait.

UN EMPEREUR FATIGUÉ MAIS CONTRAINT

Le 8 août 2016 à 15 heures, les télévisions japonaises diffusent un message enregistré de l’Empereur Akihito. Un moment exceptionnel puisque c’est seulement la troisième fois qu’un empereur du Japon s’adresse directement à son peuple : la première fois quand Hirohito a annoncé la capitulation du Japon en 1945, et la deuxième le 16 mars 2011, quand Akihito s’est exprimé après le grand tremblement de terre du Tōhōku. Cette nouvelle intervention publique est attendue car depuis plusieurs mois des rumeurs couraient sur sa volonté et ses capacités à poursuivre sa fonction. Rumeurs dont l’Empereur étaient lui-même parfois à l’origine comme en décembre 2015 quand il confiait avoir commis plusieurs erreurs lors des dernières cérémonies et sentir le poids des années.

Ayant souffert d’une grippe lors de l’hiver 2015/16, il avait dû subir un pontage coronarien en 2012, se soigner d’une pneumonie en 2011 et plus anciennement, en 2003, être traité pour une tumeur à la prostate. Le 8 août 2016, il confirme donc publiquement ses « limites physiques » et son inquiétude quant à « remplir ses fonctions de symbole de l’État ». Car, bien que n’ayant aucun rôle politique, l’Empereur du Japon a un emploi du temps fort chargé : inaugurations, cérémonies, entretiens, accréditations. Il a ainsi depuis son intronisation en 1989 visité les 47 préfectures du pays et plus de 51 îles. De même, il est sur la scène internationale considéré comme un chef d’État. Il assure donc des déplacements pour des visites officielles et reçoit ses homologues internationaux. Des tâches épuisantes pour un homme de 84 ans.

DEUX CÉRÉMONIES EN 2019 : POUR LES 30 ANS DE RÈGNE DE L’EMPEREUR ET POUR SON ABDICATION

Malheureusement, Akihito n’est pas maître de son destin : la Constitution japonaise n’envisageant pas la possibilité d’une abdication, l’Empereur n’ayant dans celle-ci aucun rôle autre que symbolique, une retraite anticipée ne peut passer que par une loi et des décisions gouvernementales. C’est ainsi que le 9 juin 2017, la Diète, le parlement japonais, a voté une loi autorisant Akihito, et lui seul, à pouvoir abdiquer. La loi a été complétée le 1er décembre 2017 par une décision d’une commission réunissant les présidents de la Cour Suprême, ceux des deux chambres du Parlement et des représentants de la maison impériale, qui a fixé le jour de l’abdication au 30 avril 2019. La déclaration de Yoshihide Suga s’inscrit donc dans le prolongement de ce processus.

La commission ministérielle qu’il préside a ainsi décidé que le 30 avril 2019 serait une cérémonie nationale, et qu’elle se déroulerait au Palais Impérial, sans préciser néanmoins si ce serait un jour férié. La commission a aussi décidé qu’une cérémonie célébrant les trente années de règne de Akihito aurait lieu le 24 février 2019 au Théâtre National de Tokyo. En revanche aucune date n’a été fixée concernant la cérémonie d’intronisation du Prince héritier, Nahurito, qui deviendra Empereur le 1er mai 2019. Enfin, la même commission a annoncé que le plus jeune fils de l’Empereur, Akishino, serait élevé au rang de Koshi, soit premier héritier dans la lignée d’accession au trône. Cette information est importante car, à moyen terme, elle va relancer le débat de l’accession au trône d’une femme : Naruhito n’ayant pour enfant qu’une fille encore mineure, la princesse Aiko.

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Alexandre Joly

Rédacteur | 📕 "Il y a, sans doute, beaucoup de langues différentes dans le monde, mais aucune n'est sans signification ; et si je ne connais pas le sens des mots, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle, à mon sens, sera un barbare." (Nouveau Testament | Corinthiens 14.10-11)