ATTAQUE DANS LE SHINKANSEN : UN MORT ET DEUX BLESSÉS

Attaque dans le shinkansen, meurtre, Japon, train

Samedi 9 juin 2018, à bord d’un Shinkansen (train à grande vitesse japonais) reliant Tokyo à Osaka, un homme a attaqué plusieurs passagers, en tuant un et en blessant deux autres. Cette attaque, perpétrée au hasard et sans motivation particulière, n’est pas sans rappeler d’autres tueries de masse au Japon.

ATTAQUE AU COUTEAU DANS LE SHINKANSEN 256

Samedi 9 juin, un peu avant 22 heures, à bord du Shinkansen Nozomi 256 reliant les gares de Tokyo et Shin-Osaka un homme brandissant un couteau menace et poignarde des passagers dans le wagon numéro douze. Le train de seize wagons qui emporte 880 passagers et vient de quitter Shin-Yokohama approche de Odawara où il s’arrête alors en urgence. Un témoin raconte à la NHK (la télévision publique japonaise) qu’il a vu entre vingt et trente jeunes femmes fuir le wagon 12 en criant « Avancez, avancez ! » et « Il a un couteau !« . Dans le wagon numéro 12, un homme vient en effet d’être tué et deux japonaises blessées dans une attaque non pas au couteau, mais avec une serpette. Selon les premières constatations, l’homme aurait été frappé au corps et au cou et les jeunes femmes, légèrement blessées à la tête et aux épaules. L’incident a débuté quand deux jeunes femmes ont été agressées par un homme qui était assis à côté d’elles après avoir sorti de son sac une serpette. Leur agresseur s’est néanmoins détourné d’elles suite à l’intervention d’un homme de 38 ans, Kotaro Umeda, qui, bien qu’installé à deux rangées de là, s’est interposé et a essayé de maîtriser l’assassin, le payant de sa vie.

L’auteur de l’agression, un jeune homme de 22 ans du nom de Ichiro Kojima, est alors neutralisé par un agent du train qui s’est protégé avec la mousse de deux sièges qu’il a démonté et a attendu que la police monte à bord du train à Odawara. Les agents ont pu appréhender sans difficulté le tueur qui semble avoir obtempéré à leurs injonctions. Selon les enquêteurs qui l’ont interrogé, Kojima serait originaire de Okazaki, dans la préfecture de Aichi, mais aurait quitté son travail et son domicile en décembre 2017. Citant une proche chez qui il vivait, la police de Kanagawa a annoncé qu’ Ichiro Kojima aurait été soigné pour une maladie mentale il y a quelques années et vivait sans domicile fixe depuis le début de l’année. Interrogé sur ses motivations par les enquêteurs, il aurait avoué avoir frappé au hasard, par dépit et frustration, et dans la seule optique de tuer. Des propos qui rappellent ceux tenus il y a dix ans, presque jour pour jour au Japon, par un autre criminel.

TUERIES DE MASSE AU JAPON, UN FLÉAU RÉCURRENT

« Le suspect a dit à la police qu’il était venu à Akihabara pour tuer des gens. Qu’il en avait marre de tout« . C’est par ces mots que dimanche 8 juin 2008 le porte-parole de la police de Tokyo, Jiro Akaogi, résume le massacre que vient de perpétrer Tomohiro Kato dans le quartier de Akihabara à Tokyo. L’homme de 25 ans a alors tué sept personnes et blessé une dizaine d’autres dans un scenario malheureusement bien connu. Dans ce quartier réputé pour ses magasins d’électroniques, de jeux vidéos, symbole de la culture japonaise moderne, peu après douze heures, à bord d’une camionnette, il a foncé dans la foule. Une fois son véhicule immobilisé, il est descendu armé d’un couteau et a poignardé des passants au hasard, jusqu’à ce qu’un policier l’intercepte. Déjà ici les motivations sont des plus « basiques » : tuer pour tuer. Les enquêteurs se sont néanmoins interrogés, sans jamais avoir de réponse, pour savoir si la date du massacre était un hasard, où si Tomohiro Kato n’avait pas voulu imiter un autre auteur de tuerie : Mamoru Takuma.

Vendredi 8 juin 2001, à Ikeda, dans la banlieue nord de Osaka, huit enfants d’une école primaire sont assassinés par un homme qui s’est introduit dans leur établissement. Armé d’un couteau de cuisine, Mamoru Takuma, 37 ans au moment des faits, attaque des enfants et des professeurs de cet établissement, faisant huit morts et treize blessés, arguant qu’il était dégoûté de tout. L’enquête a mis en évidence le passé, non seulement criminel (il avait été condamné pour viol, et plus de 11 autres faits de violence), mais surtout psychiatrique de Takuma : celui-ci, bien que diagnostiqué schizophrène et souffrant de paranoïa, était laissé libre et sans traitement. Cette tuerie a eu un grand retentissement au Japon. Si de nombreuses écoles ont engagé une réflexion et pris des mesures en matière de sécurisation dans leur établissement, le suivi et le traitement des personnes souffrant de troubles mentaux et potentiellement dangereux, comme l’assassin de samedi, sont faibles, et la liste des tueries s’allonge malheureusement.

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Michiko Yamada

Rédacteur | 📕 "Ne jugez point, afin de n'être point jugés, car on vous jugera comme vous avez jugé, et l'on se servira pour vous de la mesure dont vous mesurez les autres." (Nouveau Testament | Matthieu 7.2)