CONSTITUTION JAPONAISE : SHINZO ABE ESPÈRE TOUJOURS UNE RÉVISION

Shinzo Abe, ministre japonais, Japon

Dimanche 25 mars, le Premier ministre du Japon, Shinzo Abe, a de nouveau réaffirmé son intention de modifier la constitution japonaise lors de la convention annuelle du Parti Libéral Démocrate (Jiminto, conservateur), appelant ses membres à faire preuve de « bravoure pour porter cette mission ». Embourbé depuis un mois dans les derniers rebondissements de l’Affaire Moritomo, en baisse dans les sondages de plus de 11 points avec une côte de popularité à 36%, l’objectif politique majeur du Premier ministre semble néanmoins s’éloigner.

L’ARTICLE 9 DE LA CONSTITUTION JAPONAISE

Un article établi au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale

La constitution japonaise est promulguée le 3 novembre 1946, dans l’immédiat après-guerre, et entre en vigueur six mois plus tard le 3 mai 1947. Le Japon est alors sous occupation américaine suite à sa capitulation le 15 août 1945. Le Général Douglas Mac Arthur, commandant suprême des forces alliées d’occupation, souhaite que le Japon se dote d’une constitution démocratique ancrée sur 3 points : « Souveraineté du peuple », « Respect des droits humains », « Pacifisme et renoncement à la guerre ». C’est dans l’esprit de ce troisième point qu’est écrit l’article 9 de la constitution. Il est le seul article du second chapitre intitulé « Renonciation à la guerre » et il est au Japon un totem intouchable pour une grande partie de la population, de même qu’un symbole pour de nombreuses formations politiques de gauche et du centre.

« Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ainsi qu’à la menace ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux. Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l’État ne sera pas reconnu. »

La confrontation à la réalité actuelle

Mais depuis sa promulgation, les plus nationalistes des courants conservateurs du Parti Libéral Démocrate, ne pensent qu’à réviser cet article qui est selon eux une atteinte à la souveraineté du Japon. D’autres estiment que cet article a atteint ses limites et qu’il n’est plus en phase avec la réalité des outils de défense du pays. Néanmoins, bien qu’au pouvoir pendant plus de soixante ans, le PLD n’a jamais trouvé les supports suffisants pour y parvenir et s’est toujours contenté d’en pousser le plus loin possible l’interprétation. On trouve pourtant parmi ces révisionnistes des hommes influents, comme Kishi Nobusuke, premier ministre de 1957 à 1960, mais aussi ancien ministre du travail sous le gouvernement militariste, et surtout grand-père de… Shinzo Abe.

RÉVISER LA CONSTITUTION JAPONAISE : UN PARCOURS DU COMBATTANT

La spécificité de la Constitution japonaise

En plus de son pacifisme, la constitution du Japon a deux spécificités qui la distinguent de celles des autres pays démocratiques : c’est la plus courte avec un peu moins de 5 000 mots et la seule à ne jamais avoir été amendée depuis sa promulgation. Pour comprendre cette absence de modification, deux explications sont retenues : l’inutilité de le faire puisqu’elle est courte et plastique et permet des arrangements par de simples lois, mais surtout la longueur du processus de révision imposé. En effet l’article 96 de la constitution prévoit que tout amendement ne peut se faire que sur proposition de la Diète avec adoption de l’amendement par les deux-tiers des parlementaires, suivie d’une adoption à la majorité lors d’un référendum populaire. Là où en France une révision peut se faire soit d’une manière, soit d’une autre.

Vers un long processus pour modifier la Constitution

Les larges victoires du Parti Libéral Démocrate dans les deux chambres du parlement ces dernières années ont pour la première fois ouvert la voie à une possible révision puisqu’il y dispose de plus des deux tiers des sièges. Néanmoins, les révisionnistes sont encore loin du but car rien ne laisse présager une victoire lors d’un referendum. Plutôt attachés à cet article, les Japonais ont besoin d’être sérieusement motivés pour accepter de le modifier. Et dans cette optique, la côte de popularité actuelle de Shinzo Abe devient un sérieux handicap. Les caciques du Parti Libéral Démocrate en ont pleinement conscience et se doutent qu’un referendum sur la constitution se verrait rapidement détourné et transformé en referendum pour ou contre Abe.

Si un referendum devait être organisé, il est donc difficile d’envisager qu’il le soit avant 2019. Or le calendrier 2019 est bien chargé avec les cérémonies entourant à la fois le trentième anniversaire du couronnement de l’empereur puis celles concernant son abdication, avant des élections sénatoriales en juillet qui pourraient modifier les rapports de force au parlement. Le sujet de la modification de l’article 9 risque donc de continuer à être un des serpents de mer de la politique japonaise pendant encore quelques années.

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Alexandre Joly

Rédacteur | 📕 "Il y a, sans doute, beaucoup de langues différentes dans le monde, mais aucune n'est sans signification ; et si je ne connais pas le sens des mots, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle, à mon sens, sera un barbare." (Nouveau Testament | Corinthiens 14.10-11)