CORÉE DU NORD : LES INITIATIVES DU JAPON

Coree du nord, Japon

Samedi 16 juin 2018, le Premier ministre du Japon, Shinzo Abe, s’est pour la première fois exprimé en détail à la télévision sur la position future du Japon vis à vis de la Corée du Nord après le sommet historique du 12 juin entre Kim Jong-un et Donald Trump. L’occasion pour le Japon de reprendre l’initiative diplomatiquement après une séquence durant laquelle le pays a non seulement été éclipsé mais aussi instrumentalisé par le président américain.

DÉNUCLÉARISATION : LE JAPON D’ACCORD POUR PAYER

Mardi 12 juin, découvrant comme le reste du monde l’accord à minima obtenu par Donald Trump, le gouvernement japonais a surtout été stupéfait, comme son homologue sud-coréen, d’entendre le président américain, lors de la conférence de presse qui a suivi le sommet de Singapour, annoncer de façon unilatérale, sans avoir consulté ses alliés, non seulement la fin des exercices de défense conjoints mais surtout que les deux pays asiatiques paieraient la dénucléarisation de la Corée du Nord. Néanmoins aucune critique officielle n’a été exprimée.

Shinzo Abe a même confirmé à la télévision ce samedi que le Japon salue cette rencontre et les perspectives de paix qu’elle contient, ne regrettant que l’absence d’une mention sur le caractère « complet, vérifiable et irréversible » que devrait prendre le processus de démantèlement. Devant les caméras de la Yomiuri Telecasting Corp., il a aussi annoncé que le Japon était tout disposé à prendre sa part financière au processus si celui-ci s’effectuait dans le cadre international de l’AIEA (Agence Internationale pour l’Énergie Atomique), proposant même la création d’une nouvelle agence à cet effet. Le Premier ministre a néanmoins conditionné l’aide japonaise à la résolution du problème des Japonais enlevés et détenus en Corée du Nord.

UNE COOPÉRATION DU JAPON CONDITIONNÉE

Lors de leur rencontre en avril à Mar-a-Lago, puis encore le 7 juin à Washington, Donald Trump avait promis à Shinzo Abe d’en parler à Kim Jong-un. Mais le sujet n’apparaît nulle part dans les compte-rendus du sommet. Le dossier de la quinzaine de Japonais enlevés dans les années 70 et 80 par le régime nord-coréen et détenus depuis est devenu le sujet qui bloque la normalisation des relations entre le régime nord-coréen et le Japon. Des espoirs de résolution étaient bien nés au début des années 2000 après les deux rencontres entre le Premier ministre Junichiro Koizumi et Kim Jong-il en 2002 et 2004. Mais si ceux-ci aboutirent à la libération de quelques personnes (dont le mari américain de l’une d’entre elles), des polémiques sur la réalité de dépouilles transmises aux Japonais ou sur le nombre de citoyens nippons détenus stoppèrent le processus.

Le sujet n’est pas anodin. La très forte médiatisation de ces enlèvements au Japon depuis 40 ans, l’empathie de la société nippone pour les familles des victimes et la récupération du sujet à des fins politiques contraignent les différents gouvernements à mettre le problème des enlèvements en tête de liste des priorités diplomatiques du pays. C’est pourquoi Shinzo Abe a rencontré les familles des victimes jeudi dernier et qu’il a clairement annoncé qu’il n’accepterait de coopérer au processus de dénucléarisation qu’une fois le problème des enlèvements réglé et les relations avec la Corée du Nord normalisées.

ABE CONFIRME LA PRÉPARATION D’ UN SOMMET AVEC KIM JUNG UN

Pour ce faire une rencontre entre Shinzo Abe et Kim Jong-un semble être une solution privilégiée. Déjà, le 13 mars 2018, les agences de presse Kyodo et Jiji, annonçaient que le Premier ministre du Japon pensait emboîter le pas de Donald Trump qui venait alors d’accepter l’invitation de Kim Jong-un à le rencontrer. Samedi, lors de l’interview, il a confirmé que les autorités japonaises étaient entrées en contact avec la partie nord-coréenne pour mettre en place cette rencontre. Au-delà des enjeux diplomatiques, Shinzo Abe a tout intérêt à une telle rencontre. Engagé dans une campagne pour la présidence de son parti qui est la clé pour rester Premier ministre, son autorité est mise à mal par une succession de scandales, comme l’affaire Moritomo, depuis plus d’un an. L’élection du président du Parti Libéral Démocrate étant programmée en septembre, la diplomatie nippone réfléchit à une rencontre juste avant, à la fin de cet été.

Mais si la tenue d’une telle rencontre ne semble pas poser de problème, Kim Jung-un en ayant selon les Américains émis aussi le souhait, une simple poignée de main ne suffira pas à Shinzo Abe. Dans son édito de samedi, le grand journal d’opposition, Asahi Shimbun, a d’ailleurs mis en garde le Premier ministre contre une rencontre précipitée pour coller avec son calendrier politique, sans travail de fond ni résultat tangible en matière de défense ou sur le dossier des enlèvements. Un accord précis sur le nucléaire étant inenvisageable à court terme et sans implication des États-Unis, seule une avancée sur les otages est possible. Kim Jung-un sera certainement  « vendeur », mais le prix risque d’être élevé.

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Alexandre Joly

Rédacteur | 📕 "Il y a, sans doute, beaucoup de langues différentes dans le monde, mais aucune n'est sans signification ; et si je ne connais pas le sens des mots, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle, à mon sens, sera un barbare." (Nouveau Testament | Corinthiens 14.10-11)