CORÉE DU SUD : LA JUSTICE CONDAMNE UNE DEUXIÈME SOCIÉTÉ JAPONAISE

Corée, entreprise japonaise, Mitsubishi

Jeudi 29 novembre 2018, la Haute Cour de Justice de Corée du Sud a condamné une deuxième société japonaise à payer des indemnités à des Coréens ayant travaillé de force pour elle pendant la Seconde Guerre Mondiale.  Cette décision envenime encore un peu plus des relations entre la Corée du Sud et le Japon marquées par la résurgence ces derniers mois de nombreux contentieux.

LA JUSTICE DE CORÉE DU SUD CONDAMNE DES SOCIÉTÉS JAPONAISES

Pour la seconde fois en moins d’un mois, la Haute Cour de Justice de Corée du Sud a donc condamné une société japonaise pour ses activités lors de la Seconde Guerre Mondiale. Le 30 octobre, la plus haute juridiction coréenne avait en effet ordonné à l’entreprise Nippon Steel & Sumitomo Metal Corps de payer 100 millions de Won (environ 10,5 millions de yen ou 80 000 euros)  à chacun des quatre plaignants coréens qui poursuivaient l’entreprise depuis 14 ans. Et donc jeudi 29 novembre c’est la société Mitsubishi Heavy Industries Ltd qui a été condamnée à verser entre 80 et 150 millions de Won de réparation à chacun des dix plaignants. Dans les deux cas, l’âge avancé des victimes a fait que trois de la première affaire et cinq de la seconde sont décédés pendant la procédure. La Haute Cour a reconnu que les travailleurs avaient été envoyés au Japon alors que la Corée était colonisée et que c’était un acte « illégal et inhumain » en lien avec la guerre que menait alors le Japon.

Colonie japonaise de 1910 à 1945, la Corée a été contrainte de participer aux efforts de guerre du Japon. De nombreux Coréens furent donc mobilisés pour notamment travailler dans les usines japonaises. Les « ancêtres » des deux sociétés, Nippon Steel & Sumitomo Metal Corps et Mitsubishi Heavy Industries Ltd, étaient alors activement impliqués dans l’effort de guerre japonais, tant dans la sidérurgie que l’industrie militaire. Le profil des plaignants coréens en témoigne. Lee Chun-sik a 17 ans en 1941 quand il pense être envoyé en stage à Kamaishi dans la préfecture d’Iwate pour devenir ingénieur. En réalité, il a travaillé sans salaire, interné dans une fonderie sous la férule de gardiens violents. Dans le cas de Mitsubishi ce sont deux plaintes différentes qui étaient traitées : l’une de cinq femmes, alors adolescentes au moment des faits, envoyées à Nagoya pour travailler sur la fabrication d’avions, et l’autre par les familles de cinq travailleurs coréens envoyés en 1944 à Hiroshima travailler dans un chantier naval.

LES AUTORITÉS JAPONAISES INTERPELLENT LE GOUVERNEMENT DE CORÉE DU SUD

À l’issue des deux verdicts de la Cour Suprême de Corée, le gouvernement japonais a vigoureusement contesté la décision. Il faut dire que la peur que cette décision fasse tache d’huile est grande : 12 plaintes similaires concernant 70 entreprises japonaises seraient en cour d’instruction en Corée selon le journal japonais Asahi. Le Ministre des Affaires Étrangères du Japon, Taro Kono, rejette donc la légalité de ce jugement et le Premier Ministre Abe Shinzo menace la Corée de renvoyer l’affaire devant la Cour de Justice Internationale arguant que le contentieux entre les deux pays est clos depuis 1965. Taro Kono ajoutant que cette décision sape les fondations de la relation d’amitié et de coopération entre le Japon et la Corée, il demande à ce que le gouvernement coréen prenne des mesures en respect du Traité nippo-coréen de 1965. Du côté coréen on avance que rien dans le Traité n’interdit à des particuliers d’entamer des poursuites à titre individuel.

Le Traité sur les Relations entre le Japon et la Corée signé le 22 juin 1965 est le traité par lequel les deux pays établissent des liens diplomatiques et soldent les contentieux de la période coloniale. Il est le résultat de quatorze ans et 7 rounds de négociations à l’issue desquelles Japon et République de Corée se reconnaissent mutuellement, déclarent que les traités signés durant la période coloniale sont caduques et enfin mettent en place un processus d’indemnisation et de réparation. À ce titre, la Corée reçoit du Japon 300 millions de dollars plus 500 millions de prêt pour son développement économique. En 2005 les minutes des négociations ont dévoilé que le Japon avait proposé d’indemniser personnellement les victimes coréennes mais que la Corée avait refusé souhaitant le faire elle-même. Seulement cet argent a essentiellement servi au développement économique. Et comme aucune close n’empêche des particuliers de porter plainte, de nombreuses victimes ont entamé des procédures judiciaires. Ironie de l’histoire, cet argument des plaignants coréens est le même que celui des victimes japonaises du bombardement atomique d’Hiroshima qui en 1955 voulaient poursuivre les États-Unis.

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Alexandre Joly

Rédacteur | 📕 "Il y a, sans doute, beaucoup de langues différentes dans le monde, mais aucune n'est sans signification ; et si je ne connais pas le sens des mots, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle, à mon sens, sera un barbare." (Nouveau Testament | Corinthiens 14.10-11)