DÉFENSE : LES « OSPREY » JAPONAIS SERONT BASÉS À SAGA

Osprey du Japon, Avion japonais

Vendredi 24 août 2018, le gouverneur de la préfecture de Saga, sur l’île de Kyushu dans le sud-ouest de l’archipel du Japon, Yoshinori Yamaguchi, a annoncé que l’aéroport préfectoral serait le premier à accueillir le déploiement des avions de transport « Osprey » acquis par les forces d’autodéfense japonaises. Le paiement de 10 milliards de yens (environ 80 millions d’euros) sur vingt ans de la part du gouvernement de Tokyo a fait tomber les réticences des autorités locales liées aux conséquences environnementales et à la mauvaise réputation de l’appareil. Mais pas celles des habitants.

UN DÉPLOIEMENT NÉGOCIÉ

Quand le gouvernement japonais a décidé en décembre 2013 de doter les Forces terrestres d’autodéfense japonaises (Rikujo Jieitai) d’avions de transport Boeing-Bell V22 « Osprey« , il lui a fallu trouver une base susceptible de les accueillir. En juillet 2014, le ministère a jeté son dévolu sur l’aéroport de Saga et engagé des discussions avec les autorités locales. Plusieurs obstacles sont néanmoins apparus pouvant contrecarrer le plan du gouvernement. Le premier a été l’opposition locale des habitants et surtout des pêcheurs. Construit à l’embouchure des rivières Hayatsue et Chikugo, là où elles se jettent dans la mer de Ariake, l’aéroport est entouré de terrains appartenant à des pêcheurs.

Lors de sa réalisation, il avait été spécifié qu’il ne servirait qu’à un usage civil et pas militaire. Un usage militaire impliquant un plus grand nombre de vols, les pêcheurs craignaient que le bruit n’ait des répercussions sur leur activité. La promesse de 500 millions de yens d’aide annuelle et de la création d’un Conseil regroupant les coopératives piscicoles ont néanmoins convaincu le chef du groupe des pêcheurs locaux, Shigeaki Tokunaga. Des négociations pourraient aussi se tenir pour l’acquisition de terrains supplémentaires afin de construire les installations nécessaires à l’ accueil des appareils et des personnels.

FORTE OPPOSITION AU « OSPREY » DANS TOUT LE JAPON

Plus critiques, mais sans réel pouvoir de s’opposer, certains habitants ne cachent pas leur colère comme le rapporte vendredi l’agence de presse japonaise Kyodo, témoignages à l’appui : l’absence de concertation est pointée du doigt, mais c’est surtout la crainte de voir voler des appareils jugés dangereux dans leur voisinage qui inquiète les habitants. Le crash d’un hélicoptère « Apache » des Rikujo Jieitai sur une zone résidentielle de Saga le 5 février 2018 est encore frais dans les esprits locaux. De même que les images des accidents un peu partout dans le pays, notamment à Okinawa, impliquant des « Osprey » qui concomitamment alimentent l’opposition aux bases américaines et à cet appareil en particulier avec des manifestations.

Il faut dire que les statistiques concernant la fiabilité de l’avion ne sont pas flatteuses. Aéronef hybride, croisement d’un avion et d’un hélicoptère, son taux d’accident était de 3,27 pour 100 000 heures de vol en septembre 2017 alors que le taux normal pour les autres appareils est de 2,72 selon le Ministère de la Défense américain. Ces chiffres ont été dévoilés après qu’un « Osprey » américain ait pris feu le 7 septembre 2017 sur une piste de l’aéroport de Oita, autre préfecture de Kyushu. Accident qui suivait une série d’autres à travers le monde et au Japon dont un précédent le 13 décembre 2016, à Okinawa.

REDÉPLOIEMENT DES FORCES JAPONAISES DANS L’ARCHIPEL

Les faiblesses du « Osprey » n’ont pas dissuadé pour autant le gouvernement japonais d’en acquérir et les Rikujo Jieitai devraient en percevoir dix-sept avant 2021. Ces appareils s’inscrivent dans une révision stratégique globale des priorités attribuées aux Forces d’autodéfense japonaises. Alors que pendant longtemps la crainte d’une invasion soviétique puis russe d’Hokkaido avait prédominé dans la stratégie de défense japonaise, un basculement s’est opéré depuis le début du vingt-et-unième siècle avec la désignation d’une nouvelle menace et de nouveaux impératifs de défense : contenir la progression de la marine chinoise dans l’ouest du Pacifique et protéger l’archipel des Ryukyu et ses nombreux îlots sur lesquels pèse une menace chinoise. Menace caractérisée par les différentes revendications de la République Populaire.

C’est dans le cadre de cette vision et pour répondre à cette mission que le Japon a décidé notamment d’acquérir des avions américains F-35, ou encore de créer sa première brigade amphibie depuis 1945 en mars 2018. Cette dernière est d’ailleurs stationnée dans la préfecture voisine de Nagasaki, à Camp Ainoura, dans la ville de Sasebo, à 85 kilomètres de l’aéroport de Saga. Les « Osprey » devant transporter les hommes de la brigade. En attendant que l’aéroport de Saga soit en mesure de les accueillir, les cinq premiers appareils seront stationnés à Chiba, à Camp Kisarazu.

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Alexandre Joly

Rédacteur | 📕 "Il y a, sans doute, beaucoup de langues différentes dans le monde, mais aucune n'est sans signification ; et si je ne connais pas le sens des mots, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle, à mon sens, sera un barbare." (Nouveau Testament | Corinthiens 14.10-11)