LE JAPON REÇOIT SON PREMIER AVION DE CHASSE F-35

F35, Avion japonais, Japon

Samedi 24 février 2018, le Ministre de la Défense japonais, M. Itsunori Onodera, a présidé dans un hangar de la base aérienne de Misawa, préfecture de Aomori, la cérémonie d’inauguration du déploiement du premier chasseur furtif F-35 A japonais. L’avion était arrivé à la base du 3ème Escadron des ASDF (Air Self Defense Forces), les forces aériennes japonaises, le 26 janvier. L’acquisition de cet appareil furtif polyvalent dit de cinquième génération, conçu par Lockheed-Martin, le premier d’un lot de 42, n’est pas sans conséquences ni remous politiques au Japon mais il apparaît comme une nécessité stratégique pour le pays.

LE F-35 : UN AVION DE CHASSE À PROBLÈMES

L’histoire du programme du F-35 n’est pas un long fleuve tranquille. Initialement programmé pour entrer en service en 2007 dans l’armée américaine, des erreurs de conception (non-respect du cahier des charges) ou encore de nombreux déboires techniques, allant des défaillances moteurs aux bugs des logiciels embarqués, ont retardé sa mise en service dans les pays qui s’en sont portés acquéreurs et les incidents ne sont pas rares. C’est ainsi que le 30 novembre 2017, un F-35 américain, stationné avec 11 autres sur la base de Kadena à Okinawa, a perdu un panneau sur son flanc droit lors d’un vol de routine. Or, au Japon, un incident survenant sur des appareils militaires, a fortiori américain, est toujours mal perçu par la population.

Plus ennuyeux pour le gouvernement japonais et les ASDF, les retards dans le programme du F-35 ont eu un impact sur le coût de l’appareil. On se souvient qu’ aux États-Unis le F-35 avait été le sujet d’un Tweet incendiaire du fraîchement élu président Donald Trump, le 12 décembre 2016 : « The F-35 program and cost is out of control » (Les programmes et coûts du F-35 sont hors de contrôle). Au Japon, c’est le journal Asahi-Shimbun, le 25 février 2018, qui a relancé la polémique sur le prix des appareils. Le quotidien a révélé que, initialement prévu à 9,6 milliards de yens en 2011 lors de la commande, le coût d’un appareil pour les finances publiques japonaises avait grimpé à 14,7 milliards en 2017, rejetant le seul argument de la baisse du yen. En effet, de nombreux analystes militaires, souligne le journal, reprochent au gouvernement le mode d’acquisition des appareils : plutôt que de s’adresser directement au constructeur, le gouvernement japonais s’était porté acquéreur des appareils à travers un protocole d’accord, appelé FMS (Foreign Military Sales), avec le gouvernement américain. Or dans ce cadre, l’acheteur ne négocie généralement pas et paie le prix demandé.

LE F-35 : UN CHASSEUR POUR PERMETTRE AU JAPON DE S’ALIGNER SUR LA RUSSIE ET LA CHINE

La critique ne semble pas infondée si l’on en croit les informations rapportées par la presse japonaise qui a annoncé le 21 février une probable future acquisition par le Japon de 20 autres appareils, mais cette fois-ci directement négociés avec le constructeur au coût unitaire de 11 milliards de yens. Soit 4 milliards de moins. Mais ce que met surtout à jour le projet de nouvelles acquisitions c’est l’importance stratégique de ces appareils face aux menaces russes et chinoises comme l’a souligné le Ministre de la Défense durant la cérémonie : « Il est extrêmement important de déployer les F-35 A à un moment où les pays voisins sont en train de moderniser et renforcer rapidement les capacités de leurs forces aériennes ».

Dans son rapport annuel publié en avril 2017, le Ministère de la Défense japonais relevait ainsi que les avions de chasse des ASDF avaient effectué, lors de l’année fiscale 2016, 1168 sorties d’urgence pour intervenir auprès d’avions militaires de pays tiers s’approchant trop près de l’espace aérien nippon. 851, soit 73%, ont concerné des aéronefs chinois, 301, soit 26%, des russes : ainsi le 29 octobre 2017, l’aviation japonaise a intercepté deux bombardiers stratégiques (nucléaires) russes TU-95M accompagnés de chasseurs SU-35 alors que ceux-ci flirtaient avec l’espace aérien japonais à Hokkaido. Face aux russes l’aviation japonaise a opposé une paire de F-18, une de F-15 et une autre de F-4, ces deux derniers appareils ayant été conçus il y a plus de quarante ans. C’est donc pour les remplacer que le Japon a passé commande au début de la décennie de 42 F-35 A et s’apprêterait donc à en acheter une vingtaine de plus. Surtout qu’en face la Chine devrait déployer cette année ses premiers Chengdu J-20 et que l’aviation russe est dotée depuis 2017 de Sukhoi Su-57, des appareils dits de cinquième génération, comme le F-35.

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Alexandre Joly

Rédacteur | 📕 "Il y a, sans doute, beaucoup de langues différentes dans le monde, mais aucune n'est sans signification ; et si je ne connais pas le sens des mots, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle, à mon sens, sera un barbare." (Nouveau Testament | Corinthiens 14.10-11)