NAGASAKI : l’ÎLE FANTÔME ET LES 26 MARTYRS CHRÉTIENS

Nagasaki, chretien, Japon

Nagasaki, située sur l’île de Kyushu au sud du Japon, sait attirer le touriste grâce à son charme particulier et quelques sites empreints d’Histoire. Gunkanjima d’abord, une petite île exploitée pour ses gisements miniers qui fut le lieu le plus peuplé du monde au moment de son plus fort développement, et la colline des 26 martyres chrétiens ensuite, qui garde la trace de cet épisode douloureux dans l’Histoire du Japon. Une visite en ces lieux ne laisse pas indemne, surtout si on les associe au caractère de ville martyre de Nagasaki, la deuxième de la planète à avoir subi un bombardement atomique après Hiroshima, en août 1945. Si vous êtes passionné(e) par l’Histoire du Japon et intéressé(e) par les lieux regorgeant, Nagasaki est une ville qui saura vous captiver. Alors, suivez le guide sur les chemins sinueux de ces deux haut lieux du tourisme au Japon.

GUNKANJIMA, L’ÎLE JAPONAISE ABANDONNÉE

Une visite hors norme au Japon

Au large de Nagasaki se trouve un site comme nulle autre pareil. L’île de Gunkanjima est un petit bout de terre de 63.000 m2 perdu dans la mer d’Amakusa qui fut au temps de son hégémonie le lieu le plus densément peuplé de la planète. Surexploitée et artificiellement agrandie à partir de 1891, elle fut abandonnée en 1974. Mais depuis 2009, un regain d’intérêt pour cette terre des exploits a vu le jour et il est désormais possible de s’en approcher en bateau, d’en faire le tour et, si le temps le permet, de l’accoster pour en visiter une partie. Les quelques heures de visite que nous proposent quatre compagnies sont tout juste prodigieuses. Dès l’embarquement, nous sommes projetés grâce à des films diffusés en cabine dans les années fastes qu’a connu l’île, avec des images d’époque impressionnantes. On traverse ensuite le port de Nagasaki qui, au même titre que Gunkanjima, présente quelques sites qui font partie du patrimoine mondial, en tant que sites remarquables ayant joué un rôle majeur dans l’industrialisation du Japon à l’ère Meiji. Moins de 20 kilomètres séparent le port de l’île et la croisière est assez rapide. Il est dit que si le plaisancier ne connaît pas l’histoire de la région, il peut réellement penser avoir affaire à un véritable navire de guerre, tant la ressemblance avec le Tosa, fameux cuirassé japonais, est frappante.

Cette erreur ne nous est pas permise puisque, consignés à bord du bateau durant toute la traversée pour préserver la grandeur du premier coup d’œil, ce n’est qu’à l’approche de l’île que nous sommes invités à monter sur le pont du bateau. Et les mots pour décrire la première fois que nos yeux se posent sur cet enchevêtrement de béton posé au milieu de l’eau sont difficiles à trouver tant le choc visuel est impressionnant. Rien ne peut nous préparer à cette vision ! Le bateau tourne au ralenti pour faire le tour de l’île et permettre aux touristes de fusiller (du regard ou des appareils photos) ce site hors norme. Cette vision grandiose peut suffire au plaisir du touriste, avec surtout les premiers bâtiments en béton du Japon (1916), toujours en place, mais si le temps le permet et si le capitaine du bateau l’autorise, l’équipage peut accoster sur l’île afin de fouler l’île interdite. Le plaisir se transforme alors en pur bonheur au moment où les pieds se posent sur ce petit bout de patrimoine mondial car le moment est précieux et rare. Aucune technologie moderne ne peut garantir la survie des bâtiments dans les années à venir et l’ancien lycée par exemple présente un dernier étage en phase d’effondrement. Des casques de couleurs peuvent être repérés de ci de là, appartenant à des ingénieurs étudiant le terrain ou les vestiges. Mais pour le touriste, la visite de l’île n’est pas libre et bien encadrée car trop périlleuse.

La visite de l’île fantôme

Le chemin est balisé et même très bien aménagé sur la partie arrière de l’île, celle qui présente le moins de bâtiments ou le plus de ruines. De nos jours, seule la moitié des bâtiments construits sur l’île est encore en place, l’autre moitié ayant subi les affronts du temps, associés au travail de la mer, et se sont effondrés. Comme toutes les ruines, celles-ci demeurent magnifiques. Trois arrêts sont prévus sur cette promenade de quelques centaines de mètres pour mieux les apprécier. Pendant ces pauses, le guide livre des explications sur l’île telle qu’elle était au moment où le était habitée et telle qu’elle est de nos jours. Les explications sont en japonais mais les photos qui sont montrées et le flyer en anglais qu’on aura pris soin de consulter durant la traversée nous donnent la mesure du moment que nous vivons : il est exceptionnel ! Même si l’on ne peut pas rester autant qu’on le souhaiterait sur place (le temps de visite imparti à chaque tour operator est calculé au centième, précision japonaise oblige), on a largement le temps d’admirer ce décor hallucinant et de s’imaginer ce que les ruines étaient du temps de la « splendeur » de l’île et la vie que devaient y mener ses habitants selon le schéma classique de l’homme à la mine et la femme à la maison avec les enfants. Tout était aménagé sur l’île pour qu’ils ne manquent de rien et les loisirs n’étaient pas oubliés avec discothèque, commerces, cinéma, piscine, etc. Une des photos qui nous est présentée sur le lieu le plus poussé de la piste nous montre des femmes en haut d’un immeuble en train de regarder le spectacle fascinant et hypnotique des vagues s’abattant sur les contreforts de l’île fortifiée en temps de tempête ou de typhon.

Seul un cimetière n’avait pas pu trouver sa place sur l’île et avait dû être construit sur une île voisine. On passe aussi à côté des anciens bains publics, facilement reconnaissables par la couleur rouge de ses murs qui dénote complètement avec la couleur sombre et noircie des bâtiments alentours. On pourrait presque y voir les traces que les mineurs ont laissé à force de chercher le charbon. On s’imagine aussi le labyrinthe qui se cache derrière les murs visibles ou tous ces objets que les habitants ont dû abandonner du jour au lendemain quand l’entreprise Mitsubishi a décidé de cesser l’activité. On s’imprègne de cette atmosphère lourde et on divague en pensant à toute cette vie qui avait été florissante, qui ne reviendra plus jamais et que seule la végétation, qui a repris ses droits, permet de colorer. La visite est fascinante et laisse rêveur bien après avoir quitté l’île. Le très beau diplôme qui nous est remis sur le chemin du retour, avec le tampon de la date du jour, reste un document précieux mais une seule envie nous gouverne alors : y revenir au plus vite dans l’espoir d’en découvrir encore plus ! Bien que la plupart des scènes censées se passer sur l’île ont été tournées dans des studios de cinéma, des films comme « Inception » (2010), « Skyfall » (2012) ou plus récemment « L’attaque des Titans » (2015) plongent le spectateur au cœur des ruines, seule la visite permet de s’imprégner de la magnificence des lieux. Un site que la ville de Nagasaki tient à protéger comme trésor national, au même titre que le Japon tient à faire reconnaître ceux de son industrialisation du XIXème siècle.

LES 26 MARTYRS CHRÉTIENS DE NAGASAKI

L’histoire des chrétiens japonais

Le deuxième lieu historique que nous vous proposons de visiter nous ramène en plein cœur de la ville. Il fut le théâtre d’un événement tragique qui reste gravé dans l’histoire de la ville, du pays et bien au-delà dans la mémoire, plus ou moins consciente, de la communauté chrétienne disséminée dans le monde entier. Les Japonais avaient été choisis pour apporter la bonne parole et en 1542 les premiers marins portugais arrivent sur l’île de Kyushu pour entamer l’évangélisation du pays, soutenue alors par le pouvoir en place. Dès lors, des milliers de Japonais vont écouter la parole de Saint François Xavier et se convertir. Le christianisme parvient alors à se répandre dans le Japon, avec la création d’écoles, de paroisses et d’hôpitaux. Mais en 1587, le daimyo Toyotomi Hideyoshi, dans sa volonté d’unifier le Japon, voit alors dans le christianisme une menace dans l’exercice de son pouvoir autant qu’une mauvaise influence étrangère et décide l’expulsion des missionnaires de son pays. Même si le décret n’est peu appliqué les premières années, les chrétiens du Japon deviennent des clandestins dans leur propre pays et doivent, pour continuer à pratiquer leur foi, le faire en cachette, s’exposant par là à des représailles.

Le 5 février 1597, un groupe de 26 chrétiens, dont trois garçons de 12, 13 et 14 ans, est arrêté dans la région de Kyoto et Osaka. Torturés et exhibés pour l’exemple, ils sont acheminés jusqu’à Nagasaki. Là, en haut d’une colline faisant face à la mer et l’Occident, après une marche éprouvante de plus de 1000 kilomètres dans le froid hivernal, ils furent crucifiés. Ils continuèrent à proclamer l’Évangile et à chanter des psaumes jusqu’à ce qu’une lance abrège leurs souffrances. Ce n’était qu’une mise en garde. La suite allait donner lieu à d’innombrables événements tragiques de répressions qui ne cessèrent que bien des années plus tard. Le nombre exact des chrétiens persécutés et assassinés n’est pas connu. Il devrait se chiffrer en dizaine de milliers, des historiens ayant même avancé le chiffre de 300.000. Un roman de Shusaku Endo (1966), intitulé « Silence » et adapté dans un film de 1971, retrace l’histoire douloureuse de ces persécutions. Plus récemment en 2016, Martin Scorcese a aussi livré sa version poignante de l’histoire tragique de missionnaires européens et de chrétiens japonais devant affronter les persécutions. Béatifiés en 1627, les 26 martyrs chrétiens ont également été canonisés en 1862. Ce n’est finalement qu’en 1873 que le christianisme sera reconnu officiellement par l’Empereur Meiji, au moment de l’ouverture du Japon. Les chrétiens représenteraient de nos jours moins de 5 % de la population japonaise.

La colline de Nishizaka, monuments et musée

L’endroit où eurent lieu ces multiples exécutions a bien changé depuis le XVIème siècle. La colline de Nishizaka s’est transformée en un quartier d’habitation mais une partie relativement importante de terrain a été sauvegardée et transformée en jardin public. Un monument représentant les 26 martyrs chrétiens exécutés en cet endroit y a été érigé en juin 1962, en commémoration du centenaire de leur canonisation. On peut y voir les noms et les représentations des 26 martyrs (20 japonais, 4 missionnaires espagnols, un Mexicain et un Indien) dans une seule et même position, les mains jointes et le regard tourné vers le ciel. Leurs visages ont été créés de toute pièce par l’artiste japonais, Yasutake Funakoshi, qui n’avait aucune représentation de ce qu’ils étaient réellement et qui a mis quatre ans pour réaliser son œuvre. Le monument, devant lequel le Pape Jean-Paul II avait tenu un discours lors de sa visite du 26 février 1981, est réellement impressionnant et poignant lorsqu’on considère ce qu’il représente pour des millions de personnes. Juste derrière, un petit musée abrite de nombreux souvenirs de l’époque des persécutions. Sur deux étages et classés selon plusieurs zones, on peut y admirer des documents d’époque, des lettres écrites par Saint François Xavier, des œuvres d’art, des publications originales, une grande fresque montrant le chemin des martyrs chrétiens, des tableaux représentant plusieurs événements de persécutions et, au sein du « Glory Hall » qui glorifie la vertu des martyrs et où Mère Thérésa était venue prier en 1982, des reliques de martyrs chrétiens contenues dans un petit coffre.

Impressionnants sont aussi les fumi-e, ces représentations en bronze du Christ que les Japonais devaient piétiner pour prouver qu’ils n’étaient pas chrétiens ou montrer leur renonciation à la foi chrétienne. De nombreux objets sont encore présentés dans les vitrines et enrichissent cette passionnante visite. Tout aussi passionnante est celle de l’église Saint Philippe construite également en 1962 et attenante au musée. Saint Philippe était mexicain et l’un des 26 martyrs. Les reliques de trois autres martyrs sont contenues dans l’église, avec l’une des plus anciennes croix du Japon (XV-XVIème siècle) taillées dans le bois et ramenées d’Espagne. Les deux tours de l’église, visibles dans notre photo d’illustration, mesurent 16 mètres chacune. L’architecture japonais (Kenji Imai) du musée et de l’église avait été influencé par Antoni Gaudi lors d’un voyage en Europe, bien connu pour son œuvre à Barcelone, notamment la Sagrada Familia. La colline des 26 martyrs chrétiens dans son ensemble est devenue le seul sanctuaire catholique du Japon. Le 10 juin 2012, le site a même été désigné haut lieu de pèlerinage japonais et des touristes du monde entier viennent chaque année se recueillir en ce lieu émouvant et fort de symbole, emblématique de ce que Nagasaki représente dans le monde du christianisme.

Nagasaki ne saurait se limiter à ces deux sites exceptionnels et Dejima, une île artificielle, est un autre site historique d’importance majeure de la ville aux 443.000 habitants. C’est là que les Hollandais étaient consignés de 1641 à 1863 pour commercer avec les Japonais. Le port divinement aménagé, le pont Megane-bashi (le « pont-lunettes »), le plus ancien pont en arc du Japon construit en 1634 qui, reflété dans l’eau, donne l’impression de lunettes (megane en japonais), sa succulente spécialité culinaire, le champon, à base de nouilles et toutes les visites énumérées dans un week-end à Nagasaki, on obtient une destination de choix absolument incontournable lors d’une visite au sud du Japon. Passionné(e) d’Histoire et/ou de sites qui prennent à la gorge tellement ils sont impressionnants et/ou émouvants, vous ne regretterez pas le détour. Nagasaki est une ville qui présente une façade très agréable et des promesses de visites captivantes. Malgré un passé lourd qu’elle a su transformer en atout majeur, la ville de Nagasaki mérite vraiment la visite.

L’OFFICE NATIONAL DE TOURISME JAPONAIS

Pour plus d’informations concernant le tourisme au Japon, nous vous conseillons de vous renseigner auprès du JNTO, l’Office National de Tourisme Japonais et de consulter leur page Facebook intitulée “Découvrir le Japon”.

JNTO Paris
4 rue de Ventadour
6è étage du bâtiment (Maison de la Nouvelle Calédonie au RDC)
75001 Paris
Accueil du public de 9h30 à 13h00 du lundi au vendredi
(brochures en libre service jusqu’à 17h30)

Publi-reportage du 15/06/2018

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Michael Amerigo

Rédacteur en chef | 📕 "Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant, je vous dis que Salomon même, dans toute sa magnificence, n'était point vêtu comme l'un d'eux." (Nouveau Testament | Matthieu 6.28)