PEINE DE MORT AU JAPON : DEUX CONDAMNÉS EXÉCUTÉS À TOKYO

Pendaison, peine de mort au Japon

Le ministère de la Justice japonais a annoncé avoir exécuté deux condamnés à mort par pendaison, le mardi 19 décembre 2017, au centre de détention de Tokyo. Alors que cette pratique est décriée à travers le monde, le Japon ignore, une nouvelle fois, les multiples demandes des différentes organisations de défense des droits de l’Homme, comme Amnesty International. La peine de mort, qui est autorisée au Pays du Soleil-Levant, continue d’être pratiquée sporadiquement. Depuis fin 2012, et le retour au pouvoir du Premier Ministre conservateur Shinzo Abe, vingt-et-une personnes ont été exécutées sur décision de justice.

DEUX MEURTRIERS PENDUS À TOKYO

Agés respectivement de 44 et 69 ans, Teruhiko Seki et Kiyoshi Matsui sont les 3ème et 4ème condamnés à mort exécutés cette année au Japon. Reconnu coupable du meurtre de quatre personnes à Chiba en 1992 (dont une enfant de 4 ans), Teruhiko Seki n’avait que 19 ans lors des faits. Son exécution représente d’ailleurs la seconde, en 20 ans, d’un prisonnier ayant commis ses actes avant la majorité pénale japonaise (ndlr 20 ans au Japon). En 1997, Norio Nagayama avait été exécuté pour quatre assassinats perpétrés lors de sa dix-neuvième année. Quant à Kiyoshi Matsui, ancien plombier de métier, il avait été condamné à la peine capitale pour le meurtre de sa petite amie et de ses parents en 1994 dans la préfecture de Gunma. Selon les médias locaux, les deux hommes avaient réclamé un nouveau procès, demande à laquelle la Justice japonaise ne donna aucune suite. La ministre de la Justice, Yoko Kamikawa, a justifié ce choix en conférence de presse par le fait que les deux affaires étaient d’une extrême cruauté.

Le Japon et les États-Unis sont les seuls pays du G7 à pratiquer encore aujourd’hui la peine capitale. Pour le Japon, cette exécution se réalise uniquement par pendaison, contrairement aux USA qui appliquent plusieurs méthodes, selon leurs états, telles l’injection létale ou l’électrocution. Cette décision grave est justifiée d’après la Justice japonaise pour les responsables de multiples meurtres aux circonstances aggravantes. Le système d’application nippon diffère également, sur plusieurs points, de celui de son compère américain, ce qui lui vaut des dénonciations récurrentes de la part des gouvernements européens, des ONG et des associations de défense des droits de l’Homme. Un détenu peut être isolé de longues années dans le couloir de la mort avant une exécution dont la date ne lui est divulguée que quelques heures à peine avant la pendaison. Les prisonniers ne connaissent ainsi jamais à l’avance la date de leur mise à mort et, selon Amnesty International, il arrive que des condamnés ne soient aucunement prévenus. Les familles, ainsi que les avocats et l’opinion publique, ne sont informés qu’après la peine de mort réalisée.

PEINE DE MORT AU JAPON : FAITS ET DÉBATS

Les couloirs de la mort japonais retiennent, aujourd’hui, environ cent vingt condamnés qui attendent leur mise à mort. Certains de ces prisonniers sont particulièrement célèbres. Le chef de la secte extrémiste Aum Shinrikyo, Shoko Asaha, figure parmi les prétendants à la pendaison. Il a été condamné pour l’organisation de l’attaque terroriste au gaz sarin dans le métro de Tokyo le 20 mars 1995, au cours de laquelle douze personnes ont perdu la vie et six mille autres ont été blessées. Ce matin-là, aux heures de pointe, cinq membres de la secte ont répandu le gaz dans les rames bondées des lignes Chiyoda, Marunouchi et Hibiya du métro de Tokyo. Condamnée par pendaison le 7 novembre 2017, la « veuve noire« , Chisako Kakehi, attend également que l’on lui inflige le châtiment. A la suite de sa condamnation pour le meurtre de trois de ses anciens conjoints, le procès de l’ancienne millionnaire avait alors passionné les foules.

Bien que la côte d’impopularité de la peine capitale soit importante à travers le monde, les Japonais sont, majoritairement, favorables à la continuité de son utilisation. Au Japon, l’Association du barreau japonais tente de faire abolir cette pratique dans le pays et d’acter la réclusion à perpétuité comme condamnation maximale. ONGI qui défend les droits de l’Homme, Amnesty International a une nouvelle fois exprimé son mécontentement après ces deux nouvelles pendaisons. Alors que cela fait dix années que l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté un moratoire sur la peine de mort, la Justice japonaise continue de l’appliquer. L’ambassade de France au Japon, via son compte Facebook, a condamné à son tour, mardi, l’exécution des deux détenus tout en réaffirmant l’opposition de la France à la peine de mort.

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Julien Loock

Rédacteur | 📕 "Donc, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, de même vous aussi, vous devez le faire pour eux; c'est là, en effet, ce que signifient la Loi et les Prophètes." (Nouveau Testament | Matthieu 7.12)