VISITE DE KURE AVEC L’ANIME « DANS UN RECOIN DE CE MONDE »

Dans un recon de ce monde, Kure. Japon

À cinquante minutes en train de la gare principale de Hiroshima se trouve la ville de Kure, située sur la mer intérieure Seto, qui a été, avec ses habitants, la cible de nombreuses attaques aériennes durant la Deuxième Guerre mondiale. Base importante de la Marine nationale japonaise et deuxième chantier naval, les bombardements ont durablement marqué les murs de la ville et un anime sorti en 2016 au Japon, « Dans un Recoin de ce Monde » (« Kono sekai no katasumi ni « ) revient sur cette période très difficile en dépeignant le quotidien d’une famille qui essaie de vivre normalement malgré les désagréments du conflit. On y suit particulièrement les aventures de Suzu Urano, une jeune fille qui vit dans un village proche de Hiroshima et qui rejoint Kure, à une vingtaine de kilomètres, après son mariage. La plus grande partie de l’œuvre se déroule ainsi à Kure où on découvre avec Suzu son nouvel environnement. On se demande aussi si son tempérament de gentille naïve va résister à sa nouvelle vie d’épouse et si elle va réussir à vivre de façon épanouie une vraie histoire d’amour avec un mari qui lui a été imposé. Après le succès du film d’animation, la municipalité a mis au point une carte qui permet de visiter la ville en insistant sur quelques endroits clés. Pour le visiteur de passage, curieux et/ou passionné(e) d’animation japonaise, c’est une excellente façon de se (re)plonger dans cette œuvre remarquable, en appréciant ces lieux tels qu’ils sont visibles à l’écran ou dans les pages du manga et tels qu’ils sont à l’heure actuelle.

L’ADAPTATION FIDÈLE DU MANGA DE FUMIYO KOUNO

Une mangaka de grand talent

Un anime qui adapte une œuvre existante se doit de parvenir à un résultat très proche de l’original. Le seinen manga « Dans un recoin de ce monde » est sorti en 2008 au Japon. Son auteure, Fumiyo Kouno, est née en 1968 à Hiroshima. Elle commença à dessiner quand elle était au collège parce que ses parents ne voulaient pas lui acheter de manga. Elle se façonna alors ses propres histoires dans ses propres dessins et eut entre autres comme influence un certain Osamu Tezuka. Par la suite, elle poursuivit des études en sciences à l’Université de Hiroshima qu’elle abandonna pour aller s’installer à Tokyo. Elle travailla comme fleuriste et commença à être assistante pour plusieurs mangaka. Ses débuts en tant qu’artiste mangaka solo remontent à 1995 avec la sortie de « Machikado Hana Da yori« , qui traite du commerce des fleurs, et 1997 avec « Pippira Note » (« Pippira Noto« ). « Dans un recoin de ce monde » est sorti au Japon en trois tomes de janvier 2008 à avril 2009 et reprend ses thèmes de prédilection que l’on retrouvait déjà dans « Une Longue Route » (« Nagai Michi » – 2001), « Le Pays des Cerisiers » (« Yūnagi no Machi, Sakura no Kuni » – 2004) et « Pour Senpei » (« San San roku » – 2006).

Des œuvres touchantes dans lesquelles elle abordait avec beaucoup de finesse et de délicatesse la vie de couple, la bombe nucléaire, la vieillesse et la mort. Le manga, connu aussi sous son titre anglais « In this Corner of the World« , est reconnu comme l’un de ses titres les plus aboutis. Il a rencontré un grand succès au Japon dès sa prépublication et a permis à l’auteure de remporter le deuxième prix (« Prix d’Excellence ») au 13ème Festival des Arts et Médias (« Japan Media Arts Festival« ) dans la catégorie manga. Une récompense qui s’ajoute à deux autres qu’elle a reçues précédemment pour « Le Pays des Cerisiers ». Et quand Sunao Katabuchi tombe sur le manga, il a l’idée de l’adapter en film d’animation et exprime son souhait à la mangaka qui, appréciant le travail du réalisateur (qui avait collaboré à ses débuts avec Hayao Miyazaki et Isao Takahata, fondateurs du Studio Ghibli), donne son accord au projet.

L’histoire de « Dans un Recoin de ce Monde »

Fumiyo Kouno nous fait suivre dans ce manga édité en deux tomes en France une peinture simple et minutieuse d’une vie de famille pendant un moment particulièrement difficile. On y suit particulièrement les aventures de la jeune Suzu Urano qui n’a que sept ans au début de l’histoire et qui se marie au cœur de la guerre. Dès lors, le manga va s’attacher à sa nouvelle vie alors qu’elle a rejoint la famille de son mari dans la ville de Kure, un grand port militaire qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de Hiroshima. La mangaka traite avec des dessins un peu naïfs et sur plus de 400 pages des thèmes durs comme celui des conséquences désastreuses de la guerre sur les civils. Mais avec ce côté dramatique des restrictions, des alertes et des bombardements, elle a réussi à apporter une touche de légèreté à son œuvre, en nous montrant que les Japonais parvenaient à vivre une existence plus ou moins normale au quotidien. Pour preuve, Suzu veut essayer de vivre sa vie d’épouse de la meilleure des façons en essayant de combler son mari et sa famille du mieux possible. Et, malgré sa maladresse et sa tête souvent dans les nuages, on la voit évoluer gracieusement dans son nouvel environnement.

L’auteure a de plus apporté, en marge des cases du manga, une somme non négligeable d’annexes, de détails et de précisions historiques qui apportent une touche encore plus authentique à son histoire. On y apprend notamment qu’entre 1940 et 1947, des associations de voisins, appelées « tonarigumi« , formaient des organisations locales de solidarité qui transmettaient les ordres du gouvernement et assuraient la distribution des produits de première nécessité. On y découvre aussi ce que signifiait pour les Japonais « avoir un caractère continental », une expression qui était en vogue au début de l’ère Showa : un caractère peu soucieux du détail ! Concernant le détail historique, le réalisateur a tenu à ce que l’œuvre soit la plus fidèle de ce que devaient ressembler les deux villes et a effectué un long travail de recherche en amont. Aujourd’hui, manga et anime jouissent d’une notoriété internationale à la hauteur du remarquable travail de ces deux artistes passionnés et talentueux. Le réalisateur a respecté le trait de la mangaka, allant même jusqu’à dessiner les pieds de ses personnages comme les originaux qu’il jugeait trop gros.

LA VISITE DE KURE SUR LES PAS DE SUZU

La campagne de Kure

C’est là où se passe la majeure partie du film puisque Suzu et la famille de son mari habitent dans les hauteurs de Kure. La ville est en effet protégée par neuf montagnes et la maison familiale se trouve sur les flancs du Mont Haiga-mine, au cœur d’un petit quartier dominant la ville. Suzu met ici en pratique, et ce dès le premier jour, ce qu’elle a appris avec sa famille quand elle était plus jeune, sauf que c’est désormais elle qui doit s’occuper de la quasi-totalité des tâches ménagères, sa belle-mère étant affaiblie par une blessure à la jambe. L’apprentissage est long et parfois difficile, le réveil à l’aube, la préparation des repas, l’eau à aller chercher au puits, en empruntant un chemin en pente, la lessive, le rangement, etc. L’anime montre la vie telle qu’elle était à cette époque, ce qui s’est passé à ce moment-là et ce que les gens ont vécu. À la douceur de vivre de ce petit quartier succède petit à petit l’angoisse des bombardements qui se font de plus en plus rapprochés. Mais tout cela n’altère en rien le caractère paisible et rêveur de Suzu qui, quand elle souhaite se retrouver seule ou dessiner, va dans le magnifique jardin en terrasse. La vue sur la ville y est imprenable. Sur la carte, ces endroits sont matérialisés en milieu de page par les dessins de la maison et de tous les personnages principaux de l’anime.

La localisation n’est évidemment pas précise mais on peut se faire une bonne idée de sa situation par rapport au centre-ville de Kure. Ce qui est en revanche précis est la localisation d’un décor récurrent de l’anime (et du manga) puisqu’il apparaît en tout six fois, dont une de nuit. Après l’épisode du sucre que Suzu renverse accidentellement, elle part en ville en acheter une autre ration et emprunte pour cela un chemin qu’elle ne connaît pas et qui la fait passer devant trois bâtiments accolés, absolument identiques, tant dans la forme que dans la couleur orangé. Ce sont en fait des entrepôts construits en 1809 et qui faisaient partie de la résidence d’une riche famille marchande. Répondant au nom de Mitsugura, ce sont des bâtiments de stockage très rares et qui affichent un exemple unique d’architecture au Japon du XIXème siècle. C’est pour cette raison qu’ils ont été classés comme propriété culturelle importante. Ils ne se visitent que sur réservation six fois dans l’année et sont très facilement identifiables sur la carte. Cette icône, qui se trouve désormais dans la banlieue nord de la ville et qui est matérialisée sur la carte dans le coin en haut à droite, nous amène directement au centre-ville.

Le centre-ville de Kure

Le quartier dans lequel tombe Suzu est le marché noir, dans lequel on pouvait trouver à peu près tout ce dont on avait besoin mais à des prix très importants. Malgré le prix exorbitant de la vie et les restrictions que cela provoque, Suzu voit dans cet endroit un lieu de joie « comparable aux vacances d’avant la guerre ». Le quartier est encore visible de nos jours dans le centre-ville et il est matérialisé par une route faite de briques entourés des deux côtés par une succession de boutiques et de restaurants. La rue des briques ne se trouve qu’à quelques minutes du pont Koharu sur lequel on voit le couple discuter en contemplant les eaux paisibles du canal en-dessous. Le pont a dû être réparé et modernisé après les bombardements. Son apparence actuelle est différente de celle de l’anime mais on peut facilement s’amuser à reproduire la scène romantique. Avec la succession de ponts à cet endroit se trouve également la tour de la caserne que l’on voit derrière les amoureux. Elle a aussi bien changé mais elle permet de ne pas avoir de doute sur la localisation de la scène.

Ce qui n’est plus visible en revanche est la gare en briques rouges (à l’image de celle de Tokyo Station) que l’on voit lors de l’arrivée de Suzu et sa famille à Kure. On la voit une autre fois par la suite lorsque Suzu, sa belle-sœur et la fille de cette dernière veulent quitter la ville pour rejoindre Shimonoseki, à 95 kilomètres, à la pointe sud de Honshu. La gare est présente sur la carte mais elle a été détruite dans les bombardements de juillet 1945. Les lignes de tramways ont également disparu pour laisser la place à des routes et le quartier des plaisirs, dans lequel on voit Suzu se perdre, demander son chemin et rencontrer Rin, une courtisane, a également été détruit par les bombardements et n’a pas été reconstruit.

LA DIMENSION MILITAIRE DE KURE DANS L’ANIME

Le port maritime et le musée Yamato

On le voit entrer dans le port de Kure sous les yeux médusés de Suzu et son mari Shusaku. On y lit dans son regard toute la fierté que le cuirassé Yamato, qui était à l’époque le plus puissant navire de guerre jamais construit, représentait pour les Japonais, et encore plus pour les habitants de Kure. Une visite de la ville ne peut se faire sans un détour par ce musée, établi sur les docks où fut construit l’incroyable machine de guerre. Ne serait-ce que pour la première vision que l’on a en pénétrant dans l’enceinte du musée : trônant en son centre, l’impressionnante reproduction au 10ème du cuirassé, longue d’environ 30 mètres. On en fait le tour à volonté, on le mitraille de dizaines de photos et on s’imagine comment devait être la vie à bord. Pour les plus curieux ou les passionnés d’Histoire, une grande partie du musée lui est consacrée. Pour comprendre les informations données ici, il faudra cependant comprendre et lire le japonais car la grande majorité des panneaux ne sont pas traduits en anglais. Le cuirassé qui faisait 263 mètres de long et pesait 72809 tonnes, avait été commandé en 1937 et lancé en 1940. Ne participant qu’à de faibles victoires, il fut finalement bombardé le 7 avril 1945 alors qu’il se rendait à une mission-suicide à Okinawa. Son épave, qui a été retrouvée dans les années 80, repose désormais à 340 mètres de profondeur et à 290 kilomètres au sud-ouest de Kyushu.

Le mystère demeure quant à ses membres qui n’avaient pu se sauver (277 rescapés sur plus de 3300 passagers) et dont aucun reste n’a jamais été retrouvé. Malgré l’ordre qui avait été donné par les alliés à la fin de la guerre, un plan d’origine de la construction a résisté à la destruction et se retrouve sur un mur du musée. L’idée de cette construction massive avait par la suite été reprise pour la reconstruction du pays, notamment dans le secteur automobile. Si le Yamato occupe une large place, on se délectera aussi des autres engins en display, notamment cette capsule kamikaze sous-marine et la piste audio, sur laquelle on peut entendre le message de l’officier avant de partir en mission. Avions, sous-marins, maquettes de cuirassés constituent le reste du mobilier impressionnant du musée. À proximité se trouve le Musée de la Force d’Autonomie Maritime du Japon (JMSDF, Japan Maritime Self Defence Force Museum) , plus communément appelé « Musée de la Baleine de fer » à cause de son sous-marin de 73 mètres de long qui trône devant l’entrée vous accueille également pour une visite des plus impressionnantes au cœur de ces monstres d’acier.

Les bâtiments militaires de l’anime

Les premiers bombardements de Kure ont eu lieu le 19 mars 1945. À partir de ce jour, les habitants ont régulièrement été confrontés  aux alertes, aux rationnements et aux attaques dévastatrices. La principale eut lieu le 1er juillet 1945 quand la ville fut presque entièrement détruite. Néanmoins, une image de l’anime reste particulièrement marquante lorsqu’on se promène en ville et qu’on fait le rapprochement. Quand Suzu va rendre visite à son beau-père à l’hôpital naval avec sa petite nièce, elle emprunte un imposant escalier. L’hôpital est désormais le centre médical de Kure et une école d’infirmières. Les escaliers, reproduits à l’identique, sont toujours présents et il est facile de s’imaginer Suzu gravir ces marches avec Harumi. C’est en face de ces escaliers qu’elle vient retrouver son mari, employé dans l’industrie militaire,  pour une sortie en ville. On les voit alors déambuler au milieu de dizaines de marins fraîchement débarqués en ville. On y voit aussi à plusieurs moments les postes de garde. Un de ces postes, très facilement identifiables, peut être vu à l’entrée d’un musée se trouvant en face de l’hôpital.

Le musée se trouve à l’intérieur d’un site historique qui, même s’il n’est pas évoqué dans l’anime, reste extrêmement intéressant lors d’une visite de la ville : Irifuneyama Memorial Museum. Il se situe à côté de l’ancienne résidence de l’Amiral qui présente la particularité d’avoir une partie japonaise, avec tatami et mobilier adéquat, et une partie occidentale pour les visites officielles. Nous sommes ici dans le centre militaire de la ville et sa base navale. Beaucoup de bâtiments de ce secteur ayant une fonction militaire, ont été détruits pendant les bombardements et ont été reconstruits avec les mêmes fonctions. La salle de l’assemblée a elle résisté et reste visible telle qu’elle apparaît dans l’anime. « Dans un Recoin de ce Monde«  enfin reste remarquable par la qualité de ses scènes de combat. On peut ressentir la tension qui devait peser sur les habitants lorsque les sirènes commençaient à retentir, de jour comme de nuit, ou lorsqu’ils voyaient dans les montagnes alentour les premières explosions des canons. Ces endroits sont également représentés sur la carte, en utilisant une reproduction exacte du moment où l’anime évoque cet instant. Les scènes de combat, tout en étant dramatiques, sont extrêmement bien représentées. Enfin, la ville de Kegoya, distante de 5 kilomètres, apparaît également dans l’anime lorsque Suzu passe à côté du navire de guerre Aoba, partiellement coulé après avoir été attaqué en avril 1945.

Produit grâce au premier crowdfunding dans l’histoire des films d’animation au Japon, « Dans un Recoin de ce Monde »a eu un succès retentissant. La visite de Kure avec la carte entre les mains est meilleure si vous avez lu le manga ou vu l’anime mais reste, dans le cas contraire, une belle balade à travers des sites touristiques et historiques du Japon. Vous pourrez même apprendre à faire le riz nanko dont Suzu vous donne, avec sa gentillesse légendaire, la recette au cours de ses aventures. Une fois à Kure, c’est le curry qui pourra se laisser déguster à volonté dans des restaurants thématisés sous-marin. Repas bento et décors sont reproduits comme si vous étiez à bord de l’un de ces engins. Malgré un thème délicat, Fumiyo Kouno et Sunao Katabuchi ne nous présentent pas d’histoire larmoyante mais un éclairage nouveau sur la tragédie de la guerre accompagné d’un grand message d’espoir pour les générations futures. Ce film, qui devrait bénéficier d’une nouvelle version en fin d’année 2018, ainsi que le manga dont il est tiré, sont véritablement riches d’enseignement et ne vous laisseront pas, tout comme la visite de la ville, insensible.

L’OFFICE NATIONAL DE TOURISME JAPONAIS

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Publi-reportage du 08/08/2018

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Michael Amerigo

Rédacteur en chef | 📕 "Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant, je vous dis que Salomon même, dans toute sa magnificence, n'était point vêtu comme l'un d'eux." (Nouveau Testament | Matthieu 6.28)